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LA CONCEPTION DE LA VIE SELON GEORGES CANGUILHEM

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Abdel Sarkozy


Auteur :
Plourde S

Titre :
La conception de la vie selon Georges CANGUILHEM

Texte :
D.E.A. d’Ethique Médicale et Biologique
Laboratoire d’Ethique Médicale
Faculté de médecine de Necker-Enfants-Malades
Conférence résumée par K. Zürcher
Etudiante en D.E.A.
Interne en santé publique.


LA CONCEPTION DE LA VIE SELON GEORGES CANGUILHEM


Conférence donnée dans le cadre du D.E.A. d’éthique médicale et biologique
Laboratoire d’éthique et de santé publique
Faculté de médecine Necker, Paris V

L’évolution des connaissances et des techniques a conduit les philosophes à reconsidérer régulièrement et à préciser des concepts courants tels que ceux de la vie, du vivant, de l’être humain, de la nature, de la mort.
La conférencière nous a proposé d’étudier la conception originale de la vie que le philosophe et médecin Georges CANGUILHEM a développée dans sa thèse de doctorat en médecine soutenue en 1943.
Georges Canguilhem (1904-1995) disait avoir entrepris des études de médecine pour "ajouter à ses connaissances d’ordre livresque quelques connaissances d’expériences"
Sa thèse intitulée " Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique " représente, pour son élève Michel Foucault, l’oeuvre la plus significative du philosophe. Son travail de réflexion est enrichi par sa connaissance du vivant et par sa formation médicale.
Pour Georges Canguilhem, la vie est une activité dynamique de débat avec le milieu. C’est à la fois une activité polarisée et une activité normative. Les deux pôles de ce dynamisme vital sont la maladie et la santé.
Dans la première partie de son ouvrage, l’auteur développe sa conception de la maladie.
En considérant la maladie comme un " effort de la nature en l’homme pour obtenir un nouvel équilibre ", Georges Canguilhem s’oppose au dogme admis par le philosophe positiviste Auguste Comte (1798-1857) et le physiologiste Claude Bernard (1813-1878), dogme selon lequel il " existe une identité réelle des phénomènes vitaux normaux et pathologiques ".
Georges Canguilhem récuse le postulat d’Auguste Comte selon lequel le pathologique n’est qu’une forme du normal, une variante quantitative du normal, mesurable en degrés, en plus ou en moins, par rapport à lui.
Il va également à l’encontre de la thèse de Claude Bernard selon laquelle il existe une continuité réelle entre les phénomènes physiologiques et les phénomènes pathologiques correspondants.
Pour Georges Canguilhem, la maladie est réellement une " autre allure de la vie ". Cet autre état implique l’ensemble de l’organisme au sein duquel, "toutes les fonctions sont interdépendantes et tous leurs rythmes sont accordés ". Aussi, l’état de maladie impose à l’homme de vivre une " autre vie, même au sens biologique de ce mot " et à l’organisme de modifier ses allures antérieures.
En accord avec les conceptions du médecin René Leriche (1879-1955), il affirme que :
- la maladie est un phénomène qualitatif anormal,
- l’état de santé tient le sujet dans l’inconscience de son corps : la santé, c’est " l’innocence organique ",
- la définition de la maladie par la conscience est celle qu’en donne le malade, et non celle du médecin. C’est lui qui ne se sent pas normal, c’est à dire non identique à son passé,
- la physiologie est non pas la "science des lois ou des constantes de la vie normale ", mais " la science des fonctions et des allures stabilisées de la vie ". Et c’est à partir de la clinique, des problèmes que les malades ont posé par leur maladie que s’est développée cette science : la physiologie procède de la clinique et non l’inverse.
Dans la seconde partie de sa thèse, Georges CANGUILHEM s’attache à distinguer l’anomalie de la pathologie et à définir la normalité et la normativité biologique.
La vie, selon l’auteur, n’est pas indifférente aux conditions dans lesquelles elle se développe. La vie, envisagée dans une perspective dynamique, réagit aux conditions du milieu.
La vie est " une activité normative ". Cette activité normative est en germe dans tout vivant : elle constitue une normativité biologique instituant ses propres normes en fonction du milieu.
Ainsi, " le vivant et le milieu ne peuvent être dits normaux s’ils sont pris séparément" . C’est seulement leur relation qui les rend normaux. " Un vivant est normal dans un milieu donné pour autant qu’il est la solution morphologique et fonctionnelle trouvée par la vie pour répondre à toutes les exigences de ce milieu ". "L’homme normal, c’est l’homme normatif, l’être capable d’instituer de nouvelles normes, même organiques ", en fonction du milieu et des conditions d’existence.
Ainsi, le pathologique doit être compris non pas comme une absence de normes biologiques mais comme " un autre normal ". Le pathologique est le contraire vital de sain mais non le contradictoire logique de normal.
Pour Georges CANGUILHEM, l’anomalie est, quant à elle, un fait biologique insolite, sans rapport avec une anormalité. Elle est une variation individuelle, une irrégularité constitutionnelle, congénitale. L’anomalie est un terme descriptif et non un terme appréciatif ou normatif.
Si elle a des incidences sur l’activité de l’individu et si elle le conduit à se considérer dévalorisé à cause d’elle, alors l’anomalie est une infirmité.
Si elle est liée à un pathos, c’est à dire à " un sentiment direct et concret de souffrance, un sentiment d’impuissance et de vie contrariée ", alors l’anomalie est une pathologie.
Ainsi, l’anomalie peut verser dans la maladie mais elle n’est pas à elle seule une maladie.
La maladie est, selon Georges CANGUILHEM, un état qui exige du sujet vivant une lutte pour continuer à vivre. Elle réduit la marge de tolérance des variations du milieu qui deviennent alors insupportables pour le sujet malade. " La gravité de la maladie se mesure selon l’importance de cette réduction des possibilités d’adaptation et d’innovation de l’organisme ".
Ainsi, " le malade est normalisé dans des conditions d’existence définies et sa capacité normative est amoindrie ".
La guérison est, pour Georges CANGUILHEM, " la reconquête d’un état de stabilité des normes physiologiques " . Cependant, " aucune guérison n’est un retour à l’innocence physiologique car il y a irréversibilité de la normativité biologique ". Ainsi, " guérir c’est se donner de nouvelles normes de vie, parfois supérieures aux anciennes", mais jamais identiques.
De cette réflexion sur la maladie et la guérison découle une définition de la santé qui représente pour l’auteur :
- la "possibilité de dépasser la norme habituelle" mais aussi de surmonter des crises et de " tolérer des infractions à la norme habituelle ",
- la possibilité d’ " instituer de nouvelles normes en réponse à des situations nouvelles ".
C’est " pouvoir tomber malade et s’en relever ; c’est un luxe biologique ", une capacité d’adaptation.
Or, en définissant la vie comme une activité polarisée, "une polarité dynamique ", Georges CANGUILHEM affirme que l’expérience du vivant inclut la maladie. Aussi, " une santé parfaite continuelle apparaît comme un fait anormal ".
Vingt ans après la parution de son Essai, Georges CANGUILHEM ajoute à l’ouvrage de Nouvelles réflexions (1963-1966).
Il développe le thème d’erreurs de la vie. Selon lui, la " monstruosité est la menace accidentelle et continuelle d’inachèvement dans la formation de la forme ". La monstruosité révèle la contingence de la régularité morphologique. Ainsi, c’est la monstruosité, et non la mort, qui est la " contre-valeur vitale ". A la limite dira Foucault, élève de Canguilhem, "la vie - de là son caractère radical ", c’est ce qui est capable d’erreur ".
A l’issue de l’examen du concept de vie dans l’oeuvre de Georges CANGUILHEM, la conférencière nous a proposé quelques pistes pour prolonger cette réflexion.
En affirmant avec l’auteur que " l’expérience du vivant inclut en fait la maladie ", La conférencière nous conduit à mettre en question la notion de santé parfaite. L’objectif alors visé - par les politiques de santé - n’est-il pas alors " anormal " ? A moins qu’il ne soit justifié par le fait que la santé se constitue comme " un nouveau produit marchand ", nous suggère notre conférencière en citant Papart, Chastenay et Frondevaux.
En outre, s’accordant avec l’auteur sur le fait que "le vivant et le milieu ne peuvent être dits normaux s’ils sont pris séparément ", la conférencière nous incite à nous interroger sur les limites de la normativité biologique. Jusqu’où le vivant sain peut-il s’adapter aux infidélités de son milieu ? Le corollaire de cette question étant de nous demander jusqu’à quel point nous pouvons altérer notre milieu naturel.
Enfin, en avançant avec l’auteur l’idée que " toutes les anomalies ne sont pas pathologiques ", la conférencière nous interpelle pour savoir si la " normalité" génétique est souhaitable. Elle nous accompagne ainsi vers une réflexion dans le champ de la génétique.
Conférence résumée par K. Zürcher
Etudiante en D.E.A.
Interne en santé publique.

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