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DUEL AU SOMMET : PLATON/ARISTOTE

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1 DUEL AU SOMMET : PLATON/ARISTOTE le Dim 3 Jan - 3:03

Abdel Sarkozy

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DUEL AU SOMMET : PLATON/ARISTOTE

Au risque de faire hurler une partie de vos professeurs (ce cours est donc à prendre avec des pincettes), nous allons étudier ce que peut représenter un "système" de pensée, avec tout ce qu’il peut avoir de pertinent et de... totalitaire.
Certes, Platon fut loin d’être le seul, mais il fut sans doute le premier : au nom d’un idéal, il collabora à deux dictatures, prôna la mise en commun des enfants sans que ceux-ci puissent connaître leurs parents et bannit de la cité un certain type de musique et de poésie.
Par ailleurs lui-même poète dans ses jeunes années, il estimait que la sagesse n’était réservée qu’à une élite...
Aristote, pourtant disciple de Platon, lui a répondu point par point.

  • PLATON ( vers 428-347 avant J.C.)

1) Œuvres
Nous reprendrons ici le classement des œuvres de Platon organisé par Derkylidas et Thrasylle en tétralogies.
Ce classement a en effet l’avantage de rappeler les deux groupes de quatre qu’avait conçus Platon et les tétralogies tragiques : trois tragédies  un drame satirique.

1ère tétralogie : Eutyphron-Apologie-Criton-Phédon
2ème tétralogie : Cratyle-Théétète-Sophiste-Politique
3ème tétralogie : Parménide-Philèbe-Banquet-Phèdre
4ème tétralogie : 1er et 2nd Alcibiade-Hipparque-Rivaux
5ème tétralogie : Théagès-Charmide-Lachès-Lysis
6ème tétralogie : Euthydème-Protagoras-Georgias-Ménon
7ème tétralogie : Hippias mineur et
Hippias majeur-Ion-Ménexène
8ème tétralogie : Clitophon-République-Timée-Critias
9ème tétralogie : Minos-Lois-Epinomis-Lettres

2) La philosophie de Platon
Dans ses premiers ouvrages, c’est-à-dire dans les dialogues nommés socratiques, Platon, fidèle disciple de Socrate, s’attache comme lui à définir exactement les idées morales. Il recherche ce qu’est le courage, la sagesse, l’amitié, la piété, la vertu, en professant à l’instar de son maître que la vertu est science et le vice ignorance. Comme lui, il croira que le bien est le but suprême de l’existence et que c’est dans le bien qu’il faut rechercher l’explication de l’univers.
Mais Platon était trop avide de connaissance pour se borner à l’enseignement moral de son maître. En effet, son système est une synthèse de tout ce que l’on savait de son temps, mais surtout des doctrines de Socrate, d’Héraclite, de Parménide, et des Pythagoriciens. Ce qui fait le fond et l’originalité de ce système est la théorie des Idées, exprimée dans le mythe de la caverne (République, livre VII).
Pour atteindre les Idées et monter des Idées inférieures à l’Idée de bien (car il y a une hiérarchie des idées), la dialectique est essentielle :
Il faut commencer par une hypothèse sur l’objet étudié. On la vérifie par les conclusions auxquelles elle conduit.
Si ces conclusions sont intenables, l’hypothèse est rejetée. Une autre prend sa place, pour subir le même sort, jusqu’à ce qu’on en trouve une qui résiste à l’examen. Chaque hypothèse est un degré qui nous hausse vers l’Idée.
Mais la dialectique ne suffit pas à tout. Il est des secrets impénétrables à la raison et dont les Dieux se sont réservé la possession.
Ils peuvent, il est vrai, en laisser voir quelque chose à certains hommes, comme les poètes ou les devins par exemple. Platon n’a pas dédaigné recueillir les croyances égyptiennes et Pythagoriciennes sur l’immortalité de l’âme, mais il se garde bien de les donner pour des certitudes.
Ce sont pour lui des espérances ou des rêves qu’il expose dans des mythes d’une poésie sublime.

3) Le spiritualisme de Platon
Platon est marqué d’un caractère profondément spiritualiste. Pour lui, l’âme est éternelle.
Avant d’être unie au corps, elle a contemplé les idées et, grâce à la réminiscence, elle peut les reconnaître, quand elle est descendue dans un corps. Par sa cohabitation avec la matière, elle perd sa pureté, et l’on distingue en elle trois parties différentes :
Une partie supérieure, la raison, faculté contemplative, faite pour gouverner et maintenir l’harmonie entre elle et les parties inférieures :
Le courage, faculté noble et généreuse, qui comprend à la fois les désirs élevés de notre nature et la volonté ;
Enfin, l’instinct et le désir qui tirent l’homme vers les objets sensibles et les désirs grossiers.
Dans le Phèdre, Platon représente d’ailleurs l’âme comme un cocher, qui conduit un attelage de deux chevaux, l’un obéissant et généreux, l’autre indocile et rétif.
Le point faible de cette représentation est la part insuffisante faite à la volonté libre. Platon soutient avec Socrate que la connaissance du bien entraîne forcément l’adhésion de la volonté, ce qui est contraire à l’expérience.
Platon a essayé d’établir la survivance de l’âme par une démonstration dialectique et il a exposé dans les trois mythes du Gorgias, de la République et du Phédon les migrations et les purifications auxquelles l’âme est soumise, avant de remonter sur la terre et de rentrer dans un nouveau corps ; mais le détail des descriptions varie d’un mythe à l’autre.

4) La politique de Platon
Elle est modelée sur sa vision de l’âme, car les mœurs d’un État sont nécessairement modelées sur celles des individus. L’assise fondamentale de l’État est la justice, et il ne peut durer sans elle.
A nos yeux, la justice consiste à rendre à chacun le sien. Via Platon, Socrate rejette cette définition dans le premier livre de la République : la justice, telle qu’il la comprend, consiste, dans l’individu, à ce que chaque partie de l’âme remplisse la fonction qui lui est propre ; que le désir soit soumis au courage et le courage à la raison.
Il en est de même dans la cité. Elle se compose de trois classes de citoyens correspondant aux trois parties de l’âme :
Des magistrats philosophes, qui représentent la raison ;
Des guerriers, qui représentent le courage et sont chargés de protéger l’État contre les ennemis du dehors et de réduire les citoyens à l’obéissance ;
Enfin, des laboureurs, des artisans et des marchands qui représentent l’instinct et le désir.
Pour ces trois classes de citoyens, la justice consiste, comme dans l’individu, à remplir sa fonction propre, afin que l’harmonie règne entre les trois ordres. [1] De plus, Platon pose que le plus grand danger dans un État est la division.
A ce titre, Platon n’admet pas, comme Xénophon, de grands États à la manière de l’empire perse ; il modèle le sien sur les petites cités entre lesquelles se partageait la Grèce.
Toujours dans le but d’éviter la division, il supprime les deux ennemis les plus redoutables de l’unité : l’intérêt personnel et l’esprit de famille.
Le premier sera détruit par la communauté des biens, le second par la communauté des femmes et des enfants, lesquels seront élevés par l’État.
Mais cette communauté des biens, des femmes et des enfants n’est pas à l’usage du peuple. Elle ne sera de règle que dans les deux ordres supérieurs, seuls capables d’en comprendre la valeur et de s’y soumettre dans l’intérêt du bien public. Les mariages, d’ailleurs, ne seront pas laissés à l’arbitraire des couples : tout éphémères qu’ils sont, ils seront réglés solennellement par les magistrats.
Cependant, Platon ne se faisait pas d’illusion sur la difficulté d’appliquer son système. Il savait que la doctrine des Idées sur laquelle il repose était inaccessible à la foule, que par conséquent sa constitution devait lui être imposée, qu’elle le voulût ou non, et qu’elle ne pouvait l’être que par un roi philosophe à la manière de Platon.

NB : Tout un programme...
Il espéra un moment trouver cet homme providentiel dans la personne de Denys le Jeune et dans celle de son ami Dion, tous deux dictateurs. Son échec auprès du premier et l’assassinat du second lui enlevèrent ses illusions.
Cependant, la politique avait toujours été une de ses préoccupations dominantes. Il ne s’en détacha jamais. Il reprit la plume dans sa vieillesse pour tracer une autre constitution. C’est à elle qu’il aboutit à la fin de ses jours en écrivant "Les Lois".
Elle repose sur les mêmes principes, mais elle est plus pratique et renonce à la communauté des biens, des femmes et des enfants.

5) La morale de Platon
La morale de Platon a un caractère à la fois ascétique et intellectuel. Platon reconnaît bien, comme Socrate, que le bonheur est la fin naturelle de la vie, mais il existe entre les plaisirs la même hiérarchie que dans l’âme.
Les trois parties de l’âme nous procurent chacune un plaisir particulier :
A la raison, le plaisir de connaître,
Au cœur, les satisfactions de l’ambition,
Aux instincts, les jouissances grossières que Platon appelle le plaisir du gain (République, 580 d).
Pour savoir quel est le meilleur de ces trois plaisirs, il faut consulter ceux qui en ont fait l’expérience. Or, l’artisan, qui poursuit le gain, est entièrement étranger aux deux autres plaisirs. L’ambitieux, à son tour, ne connaît pas le plaisir de la science. Seul le philosophe, d’après Platon, a fait l’expérience des trois sortes de plaisirs et peut donner un avis compétent.

NB : Et modeste avec ça...
Or, à ses yeux, le plaisir à la fois le plus pur et le plus grand, c’est le plaisir de connaître. C’est donc vers celui-là que nous devons nous porter. Et comme le corps est une entrave pour l’âme, qu’il est comme une masse de plomb qui freine notre envol vers les régions supérieures de l’Idée, il faut le mortifier et affranchir l’âme - autant que possible - des grossiers besoins dont il est la cause.
Ainsi, c’est dans la subordination des désirs inférieurs au désir de connaître que consiste la vertu. Une fois arrivé à la connaissance du bien, l’homme est naturellement vertueux : on ne peut connaître le bien sans le vouloir et le vice vient toujours de l’ignorance.
Bien que l’ignorance se réduise à un mauvais calcul, Platon ne la considère pas moins comme un vice punissable.
Le méchant, d’après lui, devrait s’offrir de lui-même à l’expiation. S’il y échappe en ce monde, il n’y échappera pas dans l’autre.

NB : Un peu parole sacrée des religions monothéistes, tout ça...

6) L’esthétique de Platon
L’esthétique de Platon dépend de la théorie des Idées, ainsi que de la morale et de la politique qu’il en a tirées. Les Idées sont immuables et éternelles. Puisque nous devons nous régler sur elles, nos arts seront comme elles immuables et à jamais figées. Platon n’admet en ce domaine aucune innovation. L’idéal une fois atteint, il faudra s’y tenir ou se recopier sans cesse.
De plus, il ne laisse à l’artiste d’autre liberté que de servir la morale et la politique. (République, 401 b).
C’est ainsi qu’il bannit tous les modes musicaux susceptibles d’altérer la gravité des guerriers, refuse la tragédie qui pourrait amollir leur cœur et condamne la bouffonnerie comme le rire, parce que contraires à la dignité qu’ils doivent conserver.
Homère même, qu’il admire pourtant, qu’il connaît par coeur, ne trouve pas grâce à ses yeux : l’énergumène a en effet eu l’outrecuidance de peindre les Dieux aussi immoraux que les hommes !
Mais ce sont les peintres et les sculpteurs dont il fait le moins de cas. En effet, aux yeux du philosophe, le peintre n’est et ne doit rester qu’un simple imitateur.
Or, en quoi consiste, au juste, l’imitation ?
A reproduire l’image d’un objet matériel qui n’est lui-même que la copie d’une idée. C’est pourquoi Platon considère l’artiste, non seulement comme un imitateur, mais plus encore comme un imitateur au second degré. Par exemple, si l’artisan qui fabrique un meuble s’inspire de l’Idée (ou Forme) de ce meuble, dont Dieu est seul auteur, l’artiste qui le peint se contente quant à lui de copier l’œuvre de l’artisan.
Je récapitule :
A la base est l’Idée (ou forme) du meuble... un truc géométrique nickel sur plans si vous préférez, "pensé" en quelque sorte. C’est là la seule réalité qui vaille selon Platon.
Dans un deuxième temps, nous avons le menuisier : lui construit le meuble en fonction de l’idée. Pas mal, mais réalité au second degré selon Platon : il ne fait qu’une copie du modèle, nécessairement imparfaite (saloperie de copeaux !) .
Au troisième plan intervient l’artiste : le dernier des derniers, puisqu’il se contente de reproduire le meuble du menuisier, qui lui-même reproduit l’Idée du meuble. Un moins que rien, donc...
Vous y êtes ?
D’où Platon déduit que l’œuvre d’art est éloignée au troisième degré de la pure réalité et que les artistes sont des ignorants, inférieurs aux fabricants d’objets matériels. En poussant à bout le raisonnement de Platon, il serait facile de lui faire dire que le cordonnier qui critiquait Apelle était supérieur à ce grand peintre, pourtant contemporain de notre grand philosophe...

NB : Et voilà où l’esprit de système a conduit celui qui fut lui-même un artiste...

7) Le supra-sensible chez Platon
C’est dans le Timée qu’il faut chercher l’explication que Platon a donné de l’univers en général et de l’homme en particulier. Il y a un Dieu très bon qui a fait le monde à son image. Il ne l’a pas crée de rien, comme le Dieu des juifs ou des chrétiens ; car à côté de lui ont toujours coexisté deux substances : l’âme incorporelle et indivisible et l’autre matérielle et divisible.
C’est le thème grec récurrent de l’un et du multiple, du même et de l’autre. [2] Le démiurge a d’abord crée le monde sensible. Du principe de l’un et de celui du multiple est née une sorte de substance intermédiaire : c’est l’âme du monde.
Pour Platon, avec le monde est né le temps, que mesure la danse des astres. Pour habiter le monde, le Démiurge a en premier lieu crée les Dieux (astres ou dieux mythologiques) et les a chargés de donner vie aux animaux, afin de ne pas être responsable de leurs imperfections.
Les Dieux ont ainsi façonné le corps des êtres, dont celui de l’homme qu’ils ont doté d’une âme. Selon sa conduite (bonne ou mauvaise), l’âme de l’homme retournera après la mort physique de son enveloppe dans l’astre dont elle provient ou voyagera de corps en corps jusqu’à ce qu’elle soit purifiée.

NB : Je vais me faire taper dessus par les spécialistes, mais tant pis ! Platon est à mes yeux à la génèse (même s’il s’est inspiré de beaucoup de courants de pensée qui l’avaient précédé en ce sens) du fondement métaphysique des religions monothéistes, notamment celles qui ont alimenté la chrétienté. Voilà, c’est dit...
Le duel Platon / Aristote est à ce titre au croisement de deux conceptions philosophiques qui s’opposent : ce n’est pas pour rien si Saint-Augustin a trituré les textes d’Aristote pour lui faire dire que le temps était linéaire plutôt que cyclique, n’est-il point ? [3]

  • Aristote : un coup de pied dans la fourmilière

1) Platon et sa doctrine
Platon devait beaucoup à ses devanciers. Ainsi, il avait admis la définition de l’être donnée par les Eléates : l’un, immuable, exempt de multiplicité, de changement (le monde des Idées).
Mais en même temps, il reconnaissait avec Démocrite la multiplicité des choses et avec Héraclite la réalité du devenir (le monde sensible).
Enfin, il accordait volontiers aux sophistes que toute science est impossible, si c’est dans le monde sensible qu’on en cherche l’objet.
Pour établir une science, Platon devait donc choisir un autre point de départ : qu’arriverait-il si l’on assignait pour objet à la science le monde intelligible et non plus le monde sensible ? La science serait-elle encore impossible ? Non, dit Platon, qui croit pouvoir ainsi, sans rien sacrifier de ses trois postulats, constituer une science véritable.

2) La critique d’Aristote
L’argumentation d’Aristote contre les idées de Platon se trouve un peu partout dans son œuvre, mais surtout en Métaphysique, I, 9 ; XIII et XIV.
Dans cet ouvrage, Aristote expose l’origine de la théorie Platonicienne. Elle repose à ses yeux sur deux principes essentiels :
- Platon admet avec Héraclite que le monde sensible est dans un changement perpétuel
- Il reconnait avec Socrate que le général, en tant qu’un et stable, peut seul être objet de science.
Aristote admet cela tout comme Platon : « Il n’y a de science que d’universel » dira-t-il [4], c’est-à-dire que pour lui comme pour Platon, il ne peut y avoir de science que du supra-sensible.
Mais Platon a conçu ce monde supra-sensible comme existant à côté, en dehors du monde sensible. De plus, il considère les essences ou les idées comme des substances réelles (ousiaï). Enfin, non content de séparer le monde des idées du monde des sens, il sépare encore les idées les unes des autres.
Voilà ce qu’Aristote n’admet pas. Ce qu’il reproche au platonisme peut se ramener à trois critiques principales :
1) La théorie des Idées n’est pas fondée, et ce que l’on veut atteindre par elles peut très bien être atteint sans elles. En effet, leur contenu est exactement le même que celui des choses. Par exemple, dans l’idée de l’homme en soi, qu’y a-t-il de plus que dans l’homme réel ? Aristote ne voit dans les Idées que de simples duplicata des choses sensibles. Une sorte de photocopie, en quelque sorte...
2) Prise en elle-même, cette théorie est insoutenable et renferme des éléments qui la détruisent. Ainsi, « il semblerait impossible que la substance fut séparée de ce dont elle est substance ; comment donc les idées, qui sont substances des choses, seraient-elles séparées des choses ? » (Méta. I, 9, 991 b 1 sq ).
En clair : par définition, la substance ne peut être séparée de la chose dont elle est la substance. C’est un peu comme si mon être n’avait finalement rien à voir avec mon corps.
3) Admettons cependant que la substance puisse exister à part. Il y aurait donc des idées pour chaque chose, non seulement des choses naturelles (l’idée de chat), mais aussi de tous les produits de l’art humain (l’idée de table) et pourquoi pas des idées même pour les négations, c’est-à-dire pour du non-être, ce qui est absurde.
De même, nous pourrions déduire de la théorie platonicienne qu’il y a des idées de choses passées, puisque l’on ressasse aussi des souvenirs, et des idées des relations que nous pensons également.
De plus, on peut se demander s’il y a moins d’idées que de choses, ou bien autant d’idées que de choses. En réalité, il y a pour chaque chose plusieurs idées, car chaque sujet peut être défini par plusieurs prédicats.
Pour résumer, Aristote constate qu’en fait, la théorie des idées qui devait tout simplifier complique tout...
A ses yeux, elle n’explique pas le monde sensible.
Elle ne donne ni cause motrice, ni cause finale.
Aristote reproche à Platon sa conception du Bien, l’agaton , qui tantôt est une cause, tantôt ne l’est pas.
La causalité n’est pas essentielle à l’agaton , elle lui survient comme par ajout. Pour Aristote, l’idée Platonicienne est simplement une cause formelle, non une cause efficiente ou finale. Ce n’est pas une cause physique ou métaphysique, mais seulement une cause toute logique.
L’idée ne sert donc pas à expliquer la production des choses, elle ne peut pas les engendrer. Elle ne peut même pas expliquer la connaissance que nous en avons : comme l’idée est en dehors des choses, connaître l’idée ne signifie pas connaître la chose.
En résumé:
- Le général ne peut pas être une substance. L’assimiler à une substance, c’est le rendre infécond et inintelligible.
- Le général ne peut être ni cause efficiente, ni cause finale.
- Platon avait tort d’accorder aux sophistes que ce monde ne peut être connu scientifiquement, qu’il est absolument inexplicable. Une fois cette concession faite, il ne restait plus sans doute qu’à supposer, en dehors du monde des sens, un autre monde : le monde des idées.
Pour Aristote, cette supposition n’était pas nécessaire.
Au lieu de substituer au monde sensible un autre monde, il suffit de déterminer le point de vue auquel on doit considérer le monde pour le trouver intelligible.
Aristote cherche donc non pas un autre monde que le monde sensible, mais seulement un autre point de vue que le point de vue purement logique.

La vie de Platon
Né à Athènes en 428 av. J.C d’une famille aristocratique, il s’attache en 407 à Socrate, dont il suit l’enseignement durant huit ans.
De 404 à 399, il assiste à des troubles politiques sans fin. Une révolution a lieu et s’achève dans la terreur par une dictature (menée par Critias, le cousin de Platon !)
Les espérances politiques de Platon, déjà fort malmenées, furent une nouvelle fois déçues avec la restauration de la démocratie, qui condamna Socrate à boire la cigüe (un poison mortel) en 399.
Il se met à voyager en Crète, en Italie méridionale etc.
En Sicile, il rencontre Denys l’ancien et Dion le Jeune (beau-frère de Denys). Il espère un moment réaliser des réformes politiques auprès du tyran Denys, mais ce dernier finit par le chasser et le vend comme esclave.
Racheté et libéré, Platon rentre à Athènes en 387 av J.C et fonde l’Académie, première école de philosophie organisée comme une université.
Cependant, toujours préoccupé de politique, il retourne deux fois en Sicile, sous le pouvoir de Denys le Jeune qu’il espère plus conciliant que son père. Mais son deuxième voyage tournera mal à son tour et il ne devra sa liberté qu’à l’intervention d’un ami.
Platon meurt à Athènes en 347.
samedi 16 octobre 2004, par Gaëlle Sartre-Doublet.

SOURCE: www.vox-populi.net

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